"Cindy Sherman ou un peu ..."
Cindy Sherman ou un peu de dissimulation en toutes choses...
On la voit à peine et on ne voit qu'elle. C'est le jeu et il est connu. 30 ans d'autoportrait. 30 ans de mise en abime. 30 ans de mise en scène. 30 ans de succès. Une profusion d'expositions internationales. De catalogue au beau papier granuleux. De commandes pour les plus grands magazines. De présences dans toutes les grandes collections d'art contemporain. D'enchères (200.000 dollars la photo). Et une foule assez dense pour cette rétrospective au Jeu de Paume. Elle pourrait être notre voisine, au coude à coude dans les grandes salles blanches du site de la Concorde qu'on ne la reconnaitrait pourtant pas. 424 photos, et autant d'autoportraits... de moues figées, de poses faussement sensuelles, de peurs exhibées, de névroses sublimées. Je ne connaissais que très mal l'oeuvre de cette photographe américaine avant de flaner dans son univers, d'y être happé. J'ai aimé au point de visiter deux fois, dont l'une à rebours : des photos couleurs numériques, hyper-retouchées et grand format de ces dernières années aux premiers noir et blanc, hyper-posés et de très petit format du milieu des années 70. Masquée certes. Grimée presque toujours. Dissimulatrice et exhibitionniste. Elle est parfois perdue dans un décor trop vaste... et parfois unique sujet d'une photo cadrée trop serrée où l'angoisse poind. Cadre. Hors champs. Regard. Lumières. Couleurs. C'est à une leçon de mise en scène que nous invite Cindy Sherman.
Un rimel qui coule sur la joue d'une femme aux traits de jouet, de poupée. Un tirage très contrasté. Une atmosphère punk. Un visage de maîtresse délaissée dans une nuit tardive au Palace. On est en 1979. Un regard de folle qui nous montre des galets qui glissent de ses mains mouillées. Ce même rimel, mal appliqué, qui coule sur des joues creusées. Des teintes bleutées. Et de se sentir si proche de cette folle qui nous montre ses pierres d'utopie, et nous ramène à notre insouciance si fragile... tout peut basculer. Impuissant, prisonnier du regard d'une folle, prisonnier d'une folie qui nous guette tous. On est en 1989. C'est à une leçon d'humanité que nous invite Cindy Sherman.
Une très belle exposition. Et un beau catalogue. Cher. 50 euro. Mais déjà épuisé (ou presque) en 20 jours. 30 ans de succès je vous dis...
J. Bande-Son : The White Stripes : Passive Manipulation (Album Get Behind Me Satan , 2005)
Humeur du Moment #1 : à regarder les passants et touristes sur la place de la Sorbonne...
Humeur du Moment #2 : ...et sentir un coup de vent léger et surprennant dans ce printemps finissant.
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